Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude. Foto: Jürg Lehni.

Jürg Lehni, Four Transitions

Year: 2020
Type: Installation Mixed Media
Media Format: 15 Flip-Dot modules (7×7 pixels per module), 2 LCD Modules (36×52 pixels per module), 6 LED RGB modules (16×16 pixels per module), 1 24" TFT Display module (1920×1200 pixels), controllers and drivers, custom-made backlight, 5 micro-computers, internet connection
Duration: Echtzeit
Artist Website: www.juerglehni.com

Info
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Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude. Foto: Jürg Lehni.
Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude, Detail. Foto: Jürg Lehni.
Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude, Detail. Foto: Jürg Lehni.
Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude, Detail. Foto: Jürg Lehni.
Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude. Foto: Jürg Lehni.
Jürg Lehni, Four Transitions, 2020, Installationsansicht, Christoph Merian Stiftung – Hauptgebäude. Foto: Jürg Lehni.
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L’installation Four Transitions, créée en 2020 par l’artiste suisse interdisciplinaire Jürg Lehni, est composée de quatre boîtes-présentoirs fixées à une paroi. Sur chacune d’elles apparaît un chiffre en formation, caractérisé par des couleurs et des techniques différentes.

L’univers des nouveaux médias et de l’art d’Internet est axé sur une conception ouverte des œuvres et sur le rapport qu’entretiennent les structures artistiques animées avec leurs destinataires. L’aspect performatif de l’œuvre est par conséquent de plus en plus prépondérant, soulevant la question « Comment représente-t-on ? ». Depuis l’époque postmoderne, l’aspect sémiotique de l’œuvre (« Que représente-t-on ? »), est traité de façon de plus en plus directe ou si universelle et globale qu’il n’est pas véritablement capable de rendre justice à l’œuvre.

Dans le cas de Four Transitions, la réponse à la question « Quoi ? » est relativement évidente : ensemble, les quatre écrans forment l’affichage d’une horloge numérique en temps réel. La profondeur de l’œuvre se déploie d’autant plus nettement lorsque cette simplicité de l’aspect sémiotique est opposée à la complexité multidimensionnelle de sa performativité.

Les boîtes noires, de dimensions quasiment identiques, ont été fabriquées spécifiquement pour les dispositifs techniques qu’elles abritent. Si on les observe de gauche à droite, ces derniers représentent un montage diachronique de l’évolution des techniques d’affichage dans l’espace public depuis les années 1950. Chaque boîte contient un micro-ordinateur et communique avec les autres. L’une d’elles est connectée à Internet, afin de pouvoir se synchroniser avec l’heure du lieu d’exposition. Tous les écrans calculent leur affichage en temps réel, chaque chiffre étant reconstitué une fois par minute. Il en résulte une interaction des quatre écrans en transformation quasi constante et en temps réel. Outre la superposition de l’heure actuelle et de l’historicité des technologies, c’est en cela que réside l’aspect autoréflexif de l’œuvre : le rapprochement de la durée de l’œuvre et du temps de passage de ses destinataires.

Le premier chiffre est représenté grâce à la technique des girouettes à pastilles noires et blanches, datant du début des années 1960. La rotation des plaquettes mates qui constituent le motif de points en noir et blanc est assurée par un dispositif électromagnétique. Les cliquetis caractéristiques, que la plupart d’entre nous associent aux panneaux d’affichage des gares et des aéroports, accompagnent le chiffre un, qui apparaît et disparaît sans cesse. Le deuxième chiffre est constitué du quadrillage violet, bleu et blanc caractéristique des écrans à cristaux liquides (LCD). Ces rectangles aux angles arrondis nous accompagnent dans les ascenseurs depuis les années 1970-80. Les contours des chiffres sont nettement définis par le quadrillage.

Le premier chiffre des minutes est indiqué par une grille de points LED de première génération. Chaque point est composé d’une petite lampe rouge, verte et bleue pouvant être contrôlée séparément et permettant de réaliser des transitions colorées Op Art lors de l’apparition des chiffres. Les panneaux LED grand format ont commencé à peupler l’espace public à l’arrivée du nouveau millénaire. Le dynamisme de l’interaction changeante des couleurs primaires contraste avec les panneaux monochromes des chiffres de l’heure.

Enfin, le deuxième chiffre des minutes repose sur la technologie actuelle d’un écran à transistor en couches minces (TFT), contrôlé par une carte graphique à accélération matérielle. De nouveaux formats de ce dispositif lui-même sont cependant déjà disponibles sur le marché. Ce changement de chiffre à une cadence minutée est celui qui s’effectue le plus en douceur, de manière quasi continue. Les contours sont doux, dépourvus de pixels visibles, les couleurs se fondent de l’une à l’autre dans un style pictural.

L’artiste reporte directement sur notre perception son approche intensive, préalable à l’œuvre, des qualités esthétiques spécifiques aux différentes technologies et résultant de collaborations extérieures avec des spécialistes. Son travail sur ces supports a exploité ou découvert des éléments du langage figuratif volontaires ou fortuits, tels que la transition douce entre opacité et transparence des cristaux liquides. 

Four Transitions permet au public d’appréhender par les sens les qualités esthétiques des technologies : l’effet domino réduit et hypnotisant du panneau de girouettes à pastilles, les transitions échelonnées de la grille lumineuse caractéristique de l’écran LCD, le dynamisme et la rapidité des changements de couleurs primaires de la grille LCD et, enfin, le fondu attrayant de la programmation TFT. Four Transitions incarne la présence sensorielle et, pour certaines personnes, émotionnelle de ces quatre technologies historiques. L’esthétique unique qui émane naturellement des caractéristiques des technologies s’appréhende de façon directe et en temps réel.

L’œuvre Four Transitions est basée sur un concept mis au point par l’artiste en 2014, en collaboration avec Alex Rich. 

Texte : Bettina Back

Artist Bio

Jürg Lehni réalise des travaux collaboratifs multidisciplinaires, portant sur les nuances de la technologie, les outils et la condition humaine. Ses œuvres prennent souvent la forme de plates-formes et de scénarios destinés à la production et à la recherche, tels que les machines à dessiner HektorRita et Viktor, ainsi que de structures et de systèmes basés sur des logiciels, notamment Paper.jsScriptographer et Vectorama.org. Ces plates-formes sont conçues pour combiner et explorer des façons de travailler avec la forme et l’expression graphique, tant sur des supports informatiques que manuels.

Jürg Lehni a présenté ses travaux dans le cadre d’expositions collectives et individuelles dans le monde entier, au MoMA de New York, au Walker Art Center, au Centre Pompidou, à l’Institute of Contemporary Arts de Londres, au Victoria and Albert Museum, au Design Museum de Londres, à la Kunsthalle St. Gallen, etc. En 2015, le SFMOMA a fait l’acquisition de son œuvre Viktor pour l’intégrer à sacollection. 

Il dirige un atelier indépendant en Suisse depuis 2002, mais a travaillé et vécu en de nombreux lieux de par le monde : professeur associé d’Interaction Design à la Parsons School of Art, Media, & Technology de New York en 2016 – 2017, professeur invité de l’Arts Council au Department of Design Media Arts de UCLA en 2012 – 2013, directeur de son propre studio à Londres en 2008 – 2011, en résidence du Swiss Design Awards à New York en 2007 et en résidence de recherche au Sony SET Studio de Tokyo en 2006.